Tuvalu montre aux dirigeants ses coraux morts avant la COP31
Une vague de chaleur marine en 2024 a tué la quasi-totalité des coraux de l’archipel, et une dizaine de dirigeants sont venus voir les dégâts depuis les Fidji.
Le récif qui a donné naissance à Tuvalu est presque entièrement mort. D’après les scientifiques, une vague de chaleur marine survenue en 2024 a tué environ 99,9 % des coraux qui ont formé l’archipel, et c’est ce paysage que le gouvernement a voulu montrer à une dizaine de dirigeants venus des Fidji, où se tient la réunion préparatoire à la COP31.
En bref
- Une vague de chaleur marine a détruit environ 99,9 % des coraux de Tuvalu en 2024, selon les scientifiques.
- Une dizaine de dirigeants, dont Anthony Albanese, se sont rendus mardi à Tuvalu en marge de la pré-COP31 aux Fidji.
- La pépinière de coraux de l’archipel n’a plus de financement depuis fin septembre.
- La COP31 est prévue en novembre à Antalya, en Turquie.
Un archipel bâti par des coraux aujourd’hui détruits
Tuvalu est un atoll de faible altitude, posé à plus de 800 kilomètres au nord des Fidji. Sa capitale, Funafuti, culmine à environ deux mètres au-dessus de l’océan. Sur les neuf atolls coralliens du pays, deux ont déjà été largement recouverts par la montée des eaux, et les scientifiques redoutent que l’ensemble de l’archipel soit englouti d’ici la fin du siècle.
Le biologiste marin Austin Bowden-Kerby, qui a documenté les dégâts sur place, décrit un lagon devenu un cimetière.
« On peut nager pendant des heures et des heures le long du récif dans le lagon, ce ne sont que des squelettes à perte de vue. Tout est mort »
Austin Bowden-Kerby, biologiste marin
Pour une population qui vit de la mer, l’effet se mesure déjà dans les filets. Le chercheur Rajneel Singh constate que les vivaneaux rouges apparaissent moins souvent dans les prises et que les poissons pêchés sont plus petits. Lorsque les scientifiques ont exposé ces résultats au ministre des Pêches en décembre dernier, ils se sont heurtés à l’incrédulité, rapporte franceinfo.fr. Le Premier ministre Feleti Teo résume la situation à sa manière : « La montée du niveau de la mer n’est pas une menace future, c’est une réalité actuelle ».
Quelques heures à Funafuti, en marge de la pré-COP31
La réunion des Fidji, qui dure jusqu’à jeudi, prépare la conférence climatique de l’ONU attendue en novembre à Antalya, en Turquie. Mardi, une dizaine de responsables, pour la plupart issus d’États du Pacifique, ont fait l’aller-retour jusqu’à Tuvalu. Parmi eux figurait le Premier ministre australien, Anthony Albanese.
Feleti Teo avait fixé l’intention de l’invitation : « L’objectif de cet événement (…) est que vous, dirigeants, puissiez expérimenter et ressentir de première main le changement climatique, en étant en première ligne des impacts du changement climatique ». À Funafuti, la délégation a parcouru le projet d’adaptation côtière du pays, puis échangé avec des habitants. Le programme initial ne prévoyait, pour observer le lagon, qu’un survol d’une dizaine de minutes, et seuls quelques dirigeants devaient effectuer le voyage.
Co-hôte de la réunion, le Premier ministre fidjien Sitiveni Rabuka a insisté sur la posture des îles : « Nos communautés ne demandent pas la charité ». Tuvalu, de son côté, organise déjà un éventuel déplacement de sa population si le pays venait à être submergé.
Les réponses en cours et ce qui est en jeu
Plusieurs pistes et engagements entourent le cas de Tuvalu, selon La Croix et la presse régionale :
- Une pépinière de coraux a permis le retour de poissons planctonophages, mais son financement s’est tari fin septembre. « Nous avons besoin de plus de fonds », plaide Rajneel Singh.
- Les récifs mondiaux sont menacés : l’Évaluation mondiale des océans des Nations unies estime que 90 % d’entre eux pourraient disparaître si le réchauffement franchit 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
- Les voisins réagissent : le Vanuatu et les Samoa ont adopté des mesures face à un blanchissement imminent, tandis que l’Australie est pressée d’agir vite pour la Grande Barrière de corail.
- L’Union Falepili, signée en 2023 entre l’Australie et Tuvalu, lie climat, mobilité humaine et sécurité, et a créé une nouvelle catégorie de visa australien.
- L’objectif de 1,5 °C reste la priorité des dirigeants du Pacifique, qui veulent aussi faire reconnaître l’effet de la hausse des températures sur les océans.
Austin Bowden-Kerby adresse un avertissement direct au voisin australien : « Vous voulez voir à quoi ça ressemblera dans dix ans ? Tuvalu est une machine temporelle pour l’Australie ».
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons, Tuvalu Funafuti atoll beach. Photographe : Stefan Lins. Licence : CC BY-SA 2.0.
