Le coût d’emprunt de la France a brièvement franchi 5%, un seuil inédit depuis 2002
Entre doute sur le déficit après les violences du 17 octobre et prévision de croissance de l’IFE bâtie sur 4,5%, le seuil de 5 % inquiète les marchés.
En bref
- Le taux d’emprunt de la France a brièvement franchi 5 % le mercredi 21 octobre.
- L’IFE table sur une croissance de 0,5 % en 2027, avec des taux à dix ans de 4,5 % en moyenne.
- Une économiste d’ING redoute un effet sur la consommation, le tourisme et l’investissement.
- L’investissement des entreprises pèse 12,2 % du PIB, celui des ménages 4,5 %.
Le mercredi 21 octobre, l’État français a brièvement dû payer plus de 5 % pour emprunter sur les marchés, rapporte Le Monde.
Un cap symbolique, le plus haut depuis 2002
Le quotidien qualifie ce seuil de symbolique : aucun niveau aussi élevé n’avait été relevé depuis 2002. Il présente cette hausse comme un nouveau coup dur pour une économie française déjà vacillante, aux larges répercussions.
Le dépassement a été de courte durée. Le journal souligne toutefois la forte incertitude économique et politique qui entoure le pays, et estime qu’une hausse durable des taux au-dessus de 5 % est une hypothèse à ne pas écarter. Il s’agit d’une hypothèse, non d’un fait établi.
Ce qui nourrit la défiance des investisseurs
Les violences urbaines du 17 octobre alimentent la défiance des investisseurs. Ceux-ci s’interrogent sur la capacité de la France à contenir son déficit budgétaire avant l’élection présidentielle de 2027, échéance qui pèse sur le jugement des marchés.
Le choc ne se limite pas à ce doute. Charlotte de Montpellier, économiste pour la banque néerlandaise ING, place la confiance au centre du tableau : « La perte de confiance représente aujourd’hui le plus grand risque économique ». Selon Le Monde, elle estime que les conséquences de la hausse dépassent la seule question du déficit.

Une prévision de croissance qui dépend des taux
Dans ses prévisions publiées le 14 octobre, l’Institut français d’économie, ancien OFCE, estime que la croissance pourrait atteindre 0,5 % en 2027. Ce chiffre repose sur un scénario précis : des taux à dix ans qui s’établiraient en moyenne à 4,5 % d’ici à la fin de l’année prochaine.
| Élément | Hypothèse de l’IFE |
|---|---|
| Croissance en 2027 | 0,5 % |
| Taux à dix ans d’ici fin 2027 | 4,5 % en moyenne |
| Taux durablement au-dessus de 5 % | Prévision à revoir à la baisse |
Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévisions de l’IFE, précise la condition de cette révision : « Si les taux devaient se maintenir durablement au-dessus des 5 %, cette prévision serait à revoir à la baisse ». Le franchissement observé mercredi étant bref, cette baisse n’est à ce stade qu’une éventualité conditionnelle, et la prévision de l’institut n’a pas été modifiée dans ce que rapporte le quotidien.
Consommation, tourisme, investissement : les canaux possibles
Pour Charlotte de Montpellier, ce choc pourrait décourager les ménages de dépenser et les touristes de venir, tout en poussant les entreprises à reporter leurs investissements. Elle y voit un risque, non un recul déjà constaté. Selon elle, la hausse des taux « accentue des conditions financières déjà difficiles et risque de peser davantage sur l’investissement et l’activité économique ».
L’enjeu se mesure à la place que ces acteurs occupent dans la richesse nationale : l’investissement des entreprises pèse davantage dans le produit intérieur brut que celui des ménages, comme l’indiquent les chiffres ci-dessous.
Sur le même sujet, la presse américaine s’est penchée sur la situation budgétaire française, comme le détaille un article consacré à la presse américaine et la dette française.
Photo : Nataliya Vaitkevich / Pexels
