Strasbourg couronne la CPI alors que Washington la sanctionne

Annoncé à Strasbourg le jeudi 22 octobre, le choix du Parlement européen intervient alors que Washington a visé la Cour de La Haye et ses magistrats.

Kevin Dufresne Par Kevin Dufresne
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Strasbourg couronne la CPI alors que Washington la sanctionne
Des drapeaux de l’Union européenne flottent devant un bâtiment moderne à façade vitrée.

En bref

  • Le prix Sakharov 2026 revient à la Cour pénale internationale, annoncé par Roberta Metsola à Strasbourg.
  • Les deux autres finalistes étaient Tundu Lissu et les sœurs iraniennes Rahimi.
  • Washington a placé 13 magistrats sous sanctions avant de viser l’institution elle-même.
  • La remise du prix est prévue le 16 décembre au Parlement européen.

La Cour pénale internationale (CPI) a reçu le jeudi 22 octobre le prix Sakharov 2026, une distinction annoncée dans l’hémicycle de Strasbourg par la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

Selon RFI, l’institution se trouve dans le collimateur de Donald Trump. Roberta Metsola a déclaré : « L’Union européenne repose sur le respect du multilatéralisme et des institutions internationales, et ce prix salue l’important travail accompli par la cour pour faire respecter le droit et la justice à l’échelle internationale ».

Un prix créé en 1988, doté de 50 000 euros

Le prix Sakharov honore le combat pour la démocratie et la liberté de pensée. Il est décerné chaque année depuis sa création en 1988, en hommage au dissident soviétique Andreï Sakharov, et il est doté de 50 000 euros. Le lauréat est désigné par un vote des chefs des groupes politiques du Parlement.

Deux autres candidatures figuraient parmi les finalistes : celle de l’opposant tanzanien Tundu Lissu, chef du parti Chadema, et celle des sœurs iraniennes Taraneh et Romina Rahimi, emprisonnées pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales à Ispahan en janvier. L’une d’elles est condamnée à mort. La cérémonie de remise aura lieu le 16 décembre à Strasbourg.

Un vote où les récits divergent

Les alliances sont connues, l’issue du scrutin est racontée différemment selon les médias.

Groupes politiques Candidat soutenu
S&D, Verts, Gauche, Renew la CPI
PPE, ECR, ESN Tundu Lissu
Patriotes pour l’Europe les sœurs Rahimi, éliminées au premier tour

D’après RFI, c’est le vote de la droite et du PPE qui a fait pencher la balance. Pour La Libre, une abstention des Patriotes a offert une courte majorité à la CPI.

L’eurodéputée socialiste française Chloé Ridel a réagi : « Nous n’abandonnerons pas l’état de droit et la justice internationale. Nous resterons aux côtés de la CPI aussi longtemps qu’il le faudra ». La cheffe des sociaux-démocrates, Iratxe Garcia Perez, a salué une « victoire pour la justice internationale et une défaite pour les autocrates ».

Une Cour sous pression américaine et russe

Basée à La Haye, la CPI juge les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. Elle compte 125 États membres.

13magistrats sanctionnés par Washington
6 moisde délai donné par Marco Rubio
900employés de la Cour

Washington refuse que la Cour poursuive des ressortissants américains ou de pays alliés. Après avoir sanctionné 13 magistrats, juges et procureurs, il a visé l’institution elle-même. Le 9 octobre, Marco Rubio lui a donné six mois pour se réformer ou mourir. Ces mesures, tombées quelques heures après la remise du prix Nobel de la paix à son ancienne juge Navi Pillay (la lauréate sud-africaine), pourraient affecter le paiement des 900 employés et les déplacements liés aux enquêtes. La Cour dépend aussi fortement de Microsoft.

La présidente de la CPI, Tomoko Akane, a évoqué des « défis sans précédent, notamment des sanctions visant à entraver le mandat judiciaire de la Cour ».

La Russie a de son côté condamné par contumace neuf magistrats, dont l’ancien procureur Karim Khan, à des peines de 3 à 15 ans, après le mandat d’arrêt visant Vladimir Poutine.

La réponse européenne

  • L’Union européenne avait jugé les sanctions américaines « profondément regrettables » et promis d’aider la CPI à poursuivre ses missions.
  • Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a estimé que la Cour « doit pouvoir mener à bien sa mission en toute indépendance, sans subir de pressions ni d’intimidations ».
  • Des eurodéputés, juges, avocats et ONG réclament depuis des mois des contre-mesures. La Commission ne les a pas activées, et Kaja Kallas privilégie d’abord le dialogue avec les États-Unis.

En 2025, le prix avait distingué les journalistes Andrzej Poczobut et Mzia Amaghlobeli. Poczobut a été libéré en avril 2026 lors d’un échange de prisonniers coordonné par les États-Unis.

Photo : Tim Diercks / Pexels