La presse américaine s’inquiète de la dette française, le WSJ en tête

Le Wall Street Journal mène la charge contre les finances publiques françaises, avec une alerte lundi 5 octobre puis un éditorial très sévère mardi.

Grégoire Lamy Par Grégoire Lamy
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La presse américaine s’inquiète de la dette française, le WSJ en tête
Photo d’illustration. Un graphique de cours affiché sur un écran, avec courbes de tendance et volumes d’échanges, en illustration générale des marchés financiers.

En bref

  • Le Monde relève une inquiétude inhabituelle des médias américains envers les finances françaises.
  • Une notification du Wall Street Journal a comparé, lundi 5 octobre, les taux d’emprunt français à ceux de la Grèce.
  • L’éditorial du quotidien économique accuse les dirigeants français d’être dans le déni.
  • Bloomberg suit la même ligne critique, selon Le Monde.

Si les journaux américains parlent soudain des comptes publics français, c’est parce que le budget du pays et la nervosité observée sur le marché de sa dette sont devenus, ces derniers jours, un sujet à part entière outre-Atlantique. C’est le constat dressé par Le Monde, qui identifie un titre en pointe dans ce mouvement : le Wall Street Journal.

D’ordinaire, la France n’intéresse que les pages loisirs

Le contraste a de quoi frapper. Le quotidien français décrit un paysage médiatique américain largement tourné vers lui-même, où l’Hexagone apparaît surtout dans les rubriques consacrées aux voyages ou à la table. Les articles sur Paris parlent plus volontiers de musées et de restaurants que de déficits.

Le registre a changé. Ce ne sont plus les terrasses qui retiennent l’attention, mais la trajectoire des finances publiques. Et cette inquiétude ne surgit pas dans le vide : elle accompagne la diffusion, aux États-Unis, d’images d’émeutes urbaines en marge des manifestations lycéennes, qui renvoient une image agitée du pays.

Le Wall Street Journal ouvre le feu

Le signal le plus net est venu d’une simple alerte envoyée aux lecteurs du quotidien économique, lundi 5 octobre. Son contenu tenait en une phrase, conçue pour marquer les esprits :

« Son budget n’a pas été équilibré depuis 1974, ses taux d’emprunt sont plus élevés que la Grèce : comment la dette de la France est devenue une bombe à retardement »

Notification du Wall Street Journal

Le poids de l’émetteur compte. Le Wall Street Journal occupe la deuxième place des journaux américains par le nombre d’abonnés, juste derrière le New York Times. Parmi les médias qui se penchent sur le cas français, c’est lui que Le Monde désigne comme de très loin le plus virulent.

Homme barbu à lunettes, main sous le menton, regardant un écran affichant un graphique financier en chandeliers.
Un homme observe un graphique de cours financiers sur un grand écran. Photo d’illustration, sans lien établi avec l’événement évoqué. Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels

Le journal ne s’en est pas tenu à cette alerte. Mardi, il a enfoncé le clou avec un éditorial au titre ironique, « France : le bûcher des inanités ». Le texte vise d’abord la classe politique française, dont les responsables seraient, selon lui, « dans le déni ». Il s’attaque ensuite au modèle économique du pays, jugeant que « la taxation excessive, conjuguée à une surréglementation endémique, étouffe la croissance économique ».

Il s’agit là d’une prise de position éditoriale, assumée comme telle par le quotidien, et non d’un diagnostic neutre : les chiffres avancés dans la notification sont ceux du journal américain.

Pourquoi la France sert de repoussoir à New York

Le Wall Street Journal n’est pas isolé. D’après Le Monde, Bloomberg, l’agence spécialisée dans l’information financière, adopte une tonalité comparable sur la situation française. Les deux titres s’adressent en priorité aux investisseurs et aux décideurs économiques, un public directement concerné par le marché des obligations d’État.

L’explication avancée par le quotidien français tient à la place symbolique qu’occupe la France dans l’imaginaire de ce lectorat. Pour les cercles d’affaires new-yorkais, hostiles par principe à la dépense publique, le pays incarne l’archétype de l’État-providence qui dépense plus qu’il ne peut se le permettre. Les difficultés budgétaires actuelles viennent, à leurs yeux, confirmer ce portrait.

Cette lecture concerne un milieu précis, celui de la finance et des entreprises de New York ; elle ne résume pas l’ensemble de l’opinion américaine. Elle éclaire en revanche le choix des mots employés, de la « bombe à retardement » au « déni » prêté aux dirigeants, et la volonté de faire de l’endettement français un cas d’école pour un public attaché à la rigueur.

Photo : Rafael Minguet Delgado / Pexels

Grégoire Lamy

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Grégoire Lamy

Grégoire Lamy a été rédacteur dans une lettre économique destinée aux dirigeants de PME. Il écrit pour NewsTV sur l'économie : emploi, prix, entreprises, budget de l'État et consommation, en rapportant les chiffres à leur source. Il lit les notes de conjoncture de l'Insee le jour de leur parution.