Économie

Le déficit européen avec la Chine atteint 359,8 milliards d’euros en 2025

Un déficit record avec Pékin pousse la France et l’Allemagne à proposer un outil capable d’exclure des produits du marché intérieur, malgré la menace chinoise.

Grégoire Lamy Par Grégoire Lamy
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Le déficit européen avec la Chine atteint 359,8 milliards d’euros en 2025
Photo d’illustration. Un terminal à conteneurs avec un portique en action et un navire chargé à quai.

En bref

  • Le 5 octobre, Paris et Berlin ont adressé une lettre commune pour renforcer les moyens de l’UE face à la concurrence chinoise.
  • Le nouvel instrument proposé s’inspire de la Section 301 américaine.
  • L’Allemagne, longtemps réticente, s’est ralliée à une ligne plus ferme.
  • Pékin promet une « réponse ferme » si de telles mesures voient le jour.

Paris et Berlin veulent donner à Bruxelles les moyens de frapper vite et fort lorsque la concurrence chinoise est jugée faussée. Leur projet passe par un abaissement du seuil autorisant le blocage de certains produits chinois et par des décisions commerciales plus rapides, avant un sommet des dirigeants européens programmé la semaine suivant leur annonce. Derrière cette offensive se trouve un déséquilibre commercial que les chiffres rendent difficile à ignorer.

Un déficit qui se compte en centaines de milliards

359,8 milliards d’eurosdéficit commercial de l’UE avec la Chine en 2025
98 %part de la demande européenne en aimants à base de terres rares couverte par la Chine, selon la Commission européenne

Ce solde négatif résulte d’échanges très inégaux. D’après Eurostat, les flux de marchandises se répartissaient ainsi en 2025 :

Flux en 2025 Montant
Biens chinois importés par l’UE 559,4 milliards d’euros
Biens européens exportés vers la Chine 199,6 milliards d’euros

Autrement dit, l’Union achète à la Chine près de trois fois ce qu’elle lui vend. L’inquiétude ne porte pas seulement sur le volume global. Le 1er octobre, devant la commission du commerce du Parlement européen, Denis Redonnet a signalé une hausse « soutenue et anormale » des importations chinoises dans les machines, le textile, les métaux de base et la chimie. Le responsable de la mise en œuvre de la politique commerciale à la Commission européenne a désigné l’origine de ce mouvement sans ambiguïté.

« La Chine et l’origine chinoise sont le principal moteur de ces hausses des importations »

Denis Redonnet, Commission européenne

Un outil calqué sur la Section 301 américaine

Annoncée le 5 octobre, la lettre franco-allemande vise à permettre une riposte rapide si un partenaire commercial mine sciemment l’équité de la concurrence et perturbe le marché européen, selon le Wall Street Journal. Les mesures envisagées pourraient aller, en cas de besoin, jusqu’à exclure sans délai un acteur du marché intérieur. Comme le détaille geo.fr, le texte prend pour modèle un dispositif de Washington, et il pourrait être mobilisé si Pékin limitait des exportations essentielles à destination de l’Europe.

Un responsable allemand, qui s’est exprimé anonymement, parle d’une « arme de seconde frappe ». Dans sa présentation, l’outil ne servirait qu’en réaction à des pressions coercitives, comme des droits de douane massifs, brutaux ou arbitraires ou des interdictions d’exportation. Il y voit aussi un levier de dissuasion, destiné à amener Pékin à négocier un rééquilibrage des échanges.

Deux autres leviers sur la table

  • Un instrument de diversification : proposé lui aussi par Paris et Berlin, il pourrait fixer un plafond à la part de certains produits achetés à un seul pays.
  • L’instrument anticoercition : en vigueur depuis 2023, il n’a encore jamais servi. Des responsables estiment son seuil de déclenchement trop exigeant ; une réforme permettrait de l’activer sauf si les États membres s’y opposent.

L’adoption de ces outils n’est pas acquise, et aucun calendrier n’a été fixé.

Berlin change de pied, Pékin met en garde

Le ralliement allemand marque une inflexion. Pendant des mois, Paris et Berlin se sont opposés sur la protection des industriels européens, l’Allemagne restant attachée à une intervention minimale dans le libre-échange. En mai, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Lituanie avaient réclamé une réponse plus dure aux surcapacités chinoises, sans obtenir l’appui allemand. Selon le Financial Times, les importantes suppressions d’emplois annoncées ces derniers mois par des groupes emblématiques, dont Volkswagen, ont contribué à faire bouger les lignes à Berlin.

Côté industriel, le ton reste prudent. Oliver Richtberg, responsable du commerce extérieur à la fédération des fabricants de machines VDMA, assure : « nous ne voulons pas d’une guerre commerciale ».

La Chine, elle, a déjà répondu. Selon le South China Morning Post, Pékin estime que ce type de mesure risquerait de « gravement porter atteinte à la confiance mutuelle » et annonce une « réponse ferme ».

Illustration générée par IA

Grégoire Lamy

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Grégoire Lamy

Grégoire Lamy a été rédacteur dans une lettre économique destinée aux dirigeants de PME. Il écrit pour NewsTV sur l'économie : emploi, prix, entreprises, budget de l'État et consommation, en rapportant les chiffres à leur source. Il lit les notes de conjoncture de l'Insee le jour de leur parution.