À Nuremberg, Navi Pillay apprend son prix sous les ovations
Informée de sa distinction dans la salle 600 du tribunal de Nuremberg, la juriste de 85 ans a répondu par une plaisanterie. Retour sur la scène, la carrière et les réactions.
Une femme de 85 ans reçoit la nouvelle sous les applaudissements, dans une salle d’audience allemande, et répond par une plaisanterie. Vendredi 9 octobre, la Sud-Africaine Navanethem « Navi » Pillay a ainsi appris, au tribunal de Nuremberg, qu’elle était la lauréate du prix Nobel de la paix 2026. Le comité Nobel norvégien, réuni à Oslo, salue son engagement pour la paix comme pour le droit international, selon Le Monde.
En bref
- Vendredi 9 octobre, la Sud-Africaine Navanethem « Navi » Pillay a ainsi appris, au tribunal de Nuremberg, qu’elle était la lauréate du prix Nobel de la paix 2026.
- Le jury décrit un fil conducteur entre ses premières années, quand elle défendait Nelson Mandela et d’autres opposants à l’apartheid, et ses fonctions dans de grandes affaires judiciaires internationales.
- Navi Pillay succède à la Vénézuélienne Maria Corina Machado, lauréate en 2025.
Une scène filmée à Nuremberg
La juriste participait à un sommet de droit international dans la ville où furent jugés les principaux dirigeants nazis. La secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard, se trouvait avec elle et a posté la séquence sur X. Sous les ovations, Navi Pillay a plaisanté en proposant de partager le prix avec Donald Trump si les applaudissements redoublaient. Le trait renvoyait à la campagne du président américain pour obtenir la distinction, rappelle France 24.
Lors d’une conférence de presse, elle a ensuite évoqué le hasard du lieu : « C’était peut-être le destin qui a voulu que je me trouve dans cette salle d’audience historique n° 600 ». Elle a dédié son prix à tous les survivants de crimes internationaux, d’après RFI, et adressé un message aux responsables politiques : ils sont soumis à une obligation juridique de protéger les droits humains.
Les mots du jury
Le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, a salué son « courage » et son « intégrité ». Selon lui, la lauréate a été déterminante pour que le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre fassent l’objet de poursuites. Il a aussi rappelé que des juges sont aujourd’hui sanctionnés et des institutions attaquées.

Le jury décrit un fil conducteur entre ses premières années, quand elle défendait Nelson Mandela et d’autres opposants à l’apartheid, et ses fonctions dans de grandes affaires judiciaires internationales. Cette année, 287 personnes et organisations avaient été soumises à son examen.
Du Natal à La Haye, une carrière de premières
Née le 28 septembre 1941 à Durban, fille d’un chauffeur de bus, Navi Pillay a grandi sous l’apartheid. Elle a étudié le droit dans son pays, puis à Harvard, où elle a obtenu un master et un doctorat. Son parcours, résume Midi Libre, est jalonné de premières historiques.
- 1967 : elle ouvre dans le Natal un cabinet d’avocats, une première pour une femme non blanche.
- 1973 : elle fait admettre que les détenus politiques de Robben Island, l’île où Nelson Mandela était emprisonné, voient des avocats.
- 1995 : élue juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, sur recommandation de Mandela, et première femme nommée à la Haute Cour d’Afrique du Sud, d’après Le Monde.
- 1999 à 2003 : présidente du tribunal rwandais, selon Le Monde.
- 2003 à 2008 : elle rejoint la Cour pénale internationale comme juge.
- 2008 à 2014 : elle exerce la fonction de haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.
Elle siège aujourd’hui à la Cour internationale de justice, saisie d’une accusation de génocide visant la Birmanie.
Les félicitations affluent, une voix dissonante
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a estimé que la récompense rend hommage à tous ceux qui œuvrent pour défendre le droit international. Ursula von der Leyen, Cyril Ramaphosa et la présidente de la Cour pénale internationale, Tomoko Akane, ont également félicité la lauréate, tout comme l’Autorité palestinienne, qui parle d’une distinction « amplement méritée ». Paris a salué son engagement pour la justice pénale internationale.
Israël a réagi à l’inverse. Benyamin Netanyahou, qui reproche à Navi Pillay d’avoir présidé l’enquête indépendante menée par l’ONU sur les territoires palestiniens, a écrit sur X que le comité avait « perdu sa boussole morale ». Interrogé sur la qualification de génocide, le président du comité a répondu que celui-ci n’est pas un tribunal et que la décision revient en dernier ressort à la Cour internationale de justice.
Une cérémonie le 10 décembre
Le prix est doté de 12 millions de couronnes suédoises, soit 1,07 million d’euros. La cérémonie se tiendra le 10 décembre à Oslo, dans l’hôtel de ville, un jour qui marque l’anniversaire de la disparition d’Alfred Nobel. Navi Pillay succède à la Vénézuélienne Maria Corina Machado, lauréate en 2025.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : khezez | خزاز. Licence Pexels.
